Cuba
L'économie de l'île est à l'agonie
le 17/08/2009 à 05h22

Cuba traverse l'une des pires crises économiques de son histoire. Le président cubain Raul Castro multiplie les mesures d'économie drastiques.

Sur le Prado, la longue promenade ombragée de la Havane, les Cubaines ont ressorti leurs éventails. Conséquences d'une crise énergétique sans précédent depuis les années 1990, Cuba transpire à grosses gouttes.

Yuleidy, une élégante fonctionnaire de la station d'autobus Viazul, peste contre la chaleur accablante. « Un nouveau plan d'économies oblige les entreprises à couper les climatiseurs de 8 h jusqu'à 13 h. Depuis plusieurs mois, nous avons des difficultés d'approvisionnement en pétrole. »

Près de Yuleidy, Juan, un gros garçon, s'éponge le front avec l'une de ces petites serviettes carrées que les Havanais ne quittent plus.

Juan assure sans rire : « Fidel veut nous faire suer pour que nous achetions des bouteilles d'eau. Ces économies d'énergies ne sont qu'une affaire commerciale. » Près du local des chauffeurs de bus, une affichette ordonne : « Réglez la climatisation de votre bus à 22-24 degrés. Économisez, le pays en a besoin. »

Cuba renoue avec les longues coupures de courant. D'aucuns comparent déjà l'année 2009 à la terrible « période spéciale » qui a suivi la chute de l'Union Soviétique, le grand frère communiste. L'économie cubaine est à l'agonie. « Nous devons impérativement faire les comptes sur ce dont dispose réellement le pays », a dit récemment Raul Castro. Le frère cadet de Fidel, qui multiplie les déclarations alarmantes, a annoncé une réduction des dépenses tous azimuts.

À court de devises

Le ministre de l'Économie et de la Planification, Marino Murillo Jorge, a justifié récemment la dégradation de l'économie par « l'impact combiné de la crise économique et financière mondiale et les dommages provoqués par les ouragans fin 2008 ».

Les cyclones auraient causé 10 milliards de dollars de dégâts. Si l'effondrement des cours du nickel, le principal produit d'exportation de Cuba, a précipité la chute d'une économie fossilisée, des défauts de paiements de La Havane ont mené la pétrolière canadienne Sherritt à réduire sa production de pétrole dans l'île. Cuba est à court de devises. Les Cubains ont faim. Les étals des marchés sont encore plus vides que d'ordinaire.

« Companero (camarade), achète-moi des croquettes de poulet », lance un petit garçon, la casquette rouge vissée en arrière.

Pedro, ingénieur francophile, est serveur dans un grand hôtel : « La qualité de la nourriture s'est dégradée dans les hôtels. C'est dangereux pour le pays, car le tourisme est la principale source de devises de Cuba. »

Si le nombre de touristes a légèrement augmenté en 2009, la baisse du dollar a entraîné une diminution des recettes touristiques. Raul Castro a exclu fin juillet tout retour au capitalisme : « J'ai été élu pour défendre, construire et perfectionner le socialisme, pas pour le détruire. »

Reportage textes et photos : Hector Lemieux

L’économie de l’île est à l’agonie
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