On ne parle pas aux étrangers
le 17/08/2009 à 05h22

Elle peut bien porter un béret à la Guevara. Yaima, la petite infirmière, sait que le Che ne la protégera pas cette fois. Prise d'une inextinguible danse de Saint-Guy à la vue du policier, elle tremble de tous ses membres.

Le gros poussah, adossé à une Lada surmonté d'un gyrophare bleu, l'a vue discuter avec un étranger. « Je risque une amende et la prochaine fois, ce sera la prison », dit-elle.

À Cuba, lorsqu'une femme parle à un étranger, ce comportement est assimilé à de la prostitution. « Mon amie de 24 ans a fait trois ans de prison parce qu'elle avait un amant italien. La police s'en est aperçue par un courrier électronique que mon amie a reçu de l'Italien. Aujourd'hui, ce type de peine de prison n'est plus que de deux années », raconte Yeni, une mulâtre débonnaire.

Ecoutes téléphoniques

Le régime s'est donné les moyens de ses ambitions de surveillance. Les communications téléphoniques sont écoutées. « Il faut toujours être neutre, ne pas donner de noms lors d'une discussion », explique Carlos.

Sur l'île communiste, l'internet est filtré. Des logiciels espions suivent les courriers électroniques à la trace. Depuis quelques années, les caméras sont de plus en plus présentes dans les lieux publics et dans les hôtels.

Tout le monde surveille tout le monde

Moins corruptibles que leurs confrères sud-américains, les policiers cubains aux séduisantes chemises gris souris et aux pantalons bleus vigiles, occupent chaque coin de rue. Ils ne constituent pourtant que la partie émergée de l'iceberg répressif. Dans toutes les villes, les mouchards des Comités de défense de la Révolution rapportent tous les faits et gestes.

Tout le monde surveille tout le monde. Les Cubains ont la peur nouée au ventre, en permanence. Les policiers en civil pullulent. Cet été, sur les plages de l'Est de la Havane, de jolies filles veillent. Une métisse au sourire angélique confie : « Oui, nous sommes des policières, mais c'est pour votre sécurité. »

On ne parle pas aux étrangers
http://www.lalsace.fr/fr/france-monde/article/1885831,218/On-ne-parle-pas-aux-etrangers.html