Jeudi 28 Mai 2009
La tentation du tourisme médical
Par Mathieu DESLANDES
Le Journal du Dimanche

Qu'avez-vous choisi pour vos dernières vacances: ski ou bistouri? Les Français disposent, selon l'OMS, du "meilleur système de santé au monde". Mais cela ne les empêche pas de lui être infidèles: d'ici à la fin de l'année, ils devraient être plus de 670 000 à se faire soigner à l'étranger.Chacun a une bonne raison de succomber. Il y a ceux qui se déplacent pour contourner des règles éthiques ou juridiques: on peut avorter plus tard en Espagne? Les dons d'ovocytes sont plus aisés en République tchèque ou à Chypre? En route!

Et puis il y a tous ceux qui cherchent d'abord à faire des économies. En particulier sur les opérations dites de confort. Les dents: environ 1 100 euros l'implant dentaire en Hongrie, contre 2 500 euros ici. Les yeux: 2 000 euros pour corriger la myopie au laser en Tunisie, deux fois plus en France. La chirurgie esthétique: 2 000 euros l'augmentation mammaire au Maroc ou en Tunisie, environ 4 500 euros à Paris.

Même en y ajoutant le prix d'un séjour au soleil, la facture reste moins élevée que le coût de la seule intervention médicale pratiquée près de chez soi. Le filon est désormais exploité par des sociétés spécialisées qui jouent les intermédiaires, fournissent les devis des opérations, organisent des consultations médicales par Webcam, négocient les tarifs de chambres dans des hôtels de luxe et mettent sur pied des visites touristiques.

"Six mois pour se faire opérer, c'est trop"

Depuis quelques mois, leurs personnels voient aussi débarquer des Français désireux de se rendre à l'étranger pour des opérations lourdes, normalement remboursées par la Sécurité sociale. La motivation de ces globe-trotters du scalpel n'est pas financière ; ils en ont juste assez d'attendre. "Dans certains départements, la relative pénurie de spécialistes impose des délais très longs: six mois pour se faire opérer de la hanche quand on souffre, c'est trop", estime Sébastien Valverde, le fondateur d'Ypsée, une de ces sociétés. Quelques patients optent ainsi pour une opération de la cataracte à Cuba ou une intervention cardiaque en Inde.

Pour de nombreux pays, le tourisme médical est devenu stratégique. La Thaïlande accueille ainsi plus de 1,5 million de patients étrangers par an, Singapour 410 000, la Malaisie 340 000... Avec 100 000 patients reçus l'an dernier, la Tunisie a gagné 175 millions d'euros. Le pays vient de lancer un programme pour multiplier ces recettes par dix en huit ans.

Le stade ultime de la mondialisation

Les entrepreneurs qui investissent dans le business de la santé imaginent volontiers un "hôpital-monde" dans lequel les pays se répartiraient les disciplines les plus pointues. Le stade ultime de la mondialisation.

Les autorités sanitaires des pays occidentaux parient pourtant sur un développement limité du phénomène. Tôt ou tard, les écarts financiers des prestations vont diminuer entre les pays. Et surtout, note un haut fonctionnaire européen chargé du dossier, "l'idéal pour l'immense majorité des patients reste de se faire soigner près de chez soi par un professionnel qui parle la même langue. La santé ne sera jamais un service tout à fait comme les autres".

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