Cuba n'échappe pas à la crise
Gerardo Arreola *

Le produit intérieur brut de Cuba, cette année, se situera «un peu au-dessus de 2 %» et non pas des 6 % prévus, a informé le vice-président du gouvernement et ministre de l'Economie, Marino Alberto Murillo. «La récession mondiale se répercute sur les secteurs d'exportation du pays et provoque une diminution des entrées liées au tourisme», a affirmé le fonctionnaire, citant le quotidien Juventud Rebelde.

Selon le Bureau national des statistiques (ONE), l'importation de biens, avant tout le pétrole et les aliments, a atteint l'année passée la somme de 14,24 milliards de dollars (une augmentation de 41 %). Par contre, les exportations ont atteint le chiffre de 3,67 milliards de dollars; parmi elles, le nickel a une place centrale. Le recul a été de 0,6 %. Le déficit de la balance commerciale s'élève à 10,57 milliards de dollars.

Ce déséquilibre n'a pas pu être compensé par les revenus des services qui comptent pour un montant de 8,6 milliards de dollars. Pour ce qui est des services, l'ONE n'a pas précisé les montants respectifs des importations et exportations. Mais il est connu que dans les revenus liés aux services, la place principale est occupée par la vente de services médicaux, puis par le tourisme. Selon des estimations officielles, les trois ouragans de l'année 2008 ont provoqué des dégâts estimés à 10 milliards de dollars. La production agricole, à cause de l'impact de ces ouragans, a chuté de 7,3 % au cours du dernier trimestre. En outre, plus d'un demi-million de maisons doivent être réparées.

La déclaration de Murillo confirme la tendance déclinante de l'économie cubaine au cours des trois dernières années, après la croissance de 2005 et 2006; croissance stimulée par l'augmentation des prix du nickel et la vente des services médicaux au Venezuela.

De façon générale, la crise économique mondiale a provoqué un recul de la demande des produits et des services, a mis en question des projets d'investissement, a durci les conditions de financement; ce sont des aspects qui touchent l'île en plus de l'embargo nord-américain. Le vice-président cubain, José Ramon Machado Ventura, a prévu des «difficultés» issues de la crise; mais il considère que «si un pays est préparé à affronter la crise c'est bien Cuba». Et cela n'aboutira pas à des licenciements massifs comme dans les pays capitalistes.

Eduardo Bencomo, président de Cimex, une des principales firmes étatiques cubaines, a reconnu qu'il y avait des retards dans le paiement de certains produits. Toutefois il a précisé: «Le pays va continuer à payer. Sans doute, quelques paiements vont prendre du retard.»

Cuba n'a pas connu un développement aussi faible depuis 2002 (1,2 %) selon la nouvelle série statistique du PIB à prix constants (inflation déduite) établie en 1997. Cette série inclut le calcul de la valeur des services qui sont subventionnés comme la santé, l'aide sociale, l'éducation, la culture et les sports. Selon l'ONE, ces services constituent environ 28 % du PIB. Sans eux, la croissance de l'économie réelle pourrait être encore inférieure. La presse indique que Murillo a présidé une réunion le vendredi 22 mai, réunion portant sur la réduction de la consommation électrique qui commencera en juin. Cuba a plus de capacités de production d'électricité que sa dépense en électricité; mais Cuba manque de pétrole pour faire marcher ses centrales thermiques et les groupes électrogènes mobiles. L'île produit quelque 75'000 barils de pétrole brut par jour et en importe presque 100'000 quotidiennement du Venezuela. De janvier à avril, la production électrique a nécessité la consommation supplémentaire, par rapport aux prévisions, de 2400 barils de brut par jour, selon un rapport officiel. En mai, il y a «des chiffres alarmants», a indiqué le quotidien officiel Granma, qui citait Murillo. (Traduction A l'encontre)

* Journaliste du quotidien mexicain La Jornada et du quotidien argentin Pagina / 12.

(26 mai 2009)

A l'encontre
http://www.alencontre.org/Cuba/CubaCriseEco05_09.html