Human Rights Watch dénonce la répression à Cuba
LE MONDE | 18.11.09 | 15h34

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), basée à New York, dénonce la répression à Cuba sous la présidence de Raul Castro, dans un rapport diffusé mercredi 18 novembre. Depuis qu'il a succédé à son frère Fidel Castro, le chef de l'Etat a utilisé des lois "draconiennes" pour incarcérer des Cubains "qui ont osé exercer leurs libertés fondamentales".

Parmi eux, figurent des défenseurs des droits de l'homme, un journaliste qui a tenté d'organiser une agence de presse indépendante, un chauffeur de vélo-taxi qui a voulu créer un syndicat de sa catégorie. Des 75 opposants pacifiques condamnés lors de la vague répressive de 2003, 53 sont toujours en prison.

Le rapport, intitulé "Un nouveau Castro, le même Cuba", met en cause une figure du code pénal, la "dangerosité", autorisant l'emprisonnement sans qu'aucun délit n'ait été commis. Plus de 40 personnes ont été condamnées à ce titre depuis la prise de fonctions de Raul Castro, au cours de jugements expéditifs, sans preuves ni défense digne de ce nom. Selon HRW, "dangerosité" "résume l'essence de la mentalité répressive du gouvernement cubain, qui perçoit tout écart de la ligne gouvernementale comme une menace potentielle, passible de punition".

HRW a bravé l'interdiction des autorités pour enquêter dans l'île. D'autres témoins ont été contactés par téléphone. En tout, une soixantaine de personnes issues de sept des 14 provinces de Cuba ont témoigné.

Dans les prisons, les détenus politiques sont soumis à des "formes de traitement cruel, inhumain et dégradant, qui peuvent atteindre le niveau de la torture", note HRW. Les prisonniers politiques sont mêlés à des condamnés de droit commun violents dans des espaces insuffisants. Ils sont souvent confinés au cachot, privés de visite des familles, de soins médicaux et de nourriture adéquate, dans des conditions insalubres.

Selon le témoignage d'Alexander Santos Hernandez, en 2008, lors d'une tournée du célèbre chanteur cubain Silvio Rodriguez dans les prisons, les détenus politiques et homosexuels de la maison d'arrêt "Cuba Si !" ont été transférés à un autre établissement.

Dissidents isolés

Les dissidents subissent de la part d'agents de la Sécurité d'Etat ou de partisans du régime des formes de harcèlement public et des violences. "Ceux qui critiquent le gouvernement perdent leur emploi à cause de leurs convictions et, ensuite, ils sont emprisonnés parce qu'ils ne travaillent pas."

La peur conduit les voisins à éviter les opposants et leurs proches. "Les dissidents sont un secteur réduit et isolé de la population, constate HRW. Leur marginalisation ne prouve pas l'absence d'opposition à Cuba, mais l'efficacité impitoyable de l'Etat en vue de la supprimer. La peur imprègne la vie des dissidents."

Sur le Web : www.hrw.org.

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