Trinidad la ville musée de Cuba
Par Richard Saindon   

    Conduire à Cuba relève de la course à obstacle. Il faut savoir éviter les poules, les calèches, les piétons, les tracteurs, les chiens, les cyclistes et que sais-je encore ! L'une des plus belles routes de Cuba, et l'une des moins encombrées aussi, relie les villes de Cienfuegos et de Trinidad.
    Longeant de longs moments la mer des Caraïbes, au pied des montagnes de la Sierra del Escambray la route, semblable à une départementale française, est fort agréable. Au moins quatre grands ponts, de hautes arches de béton, permettent de franchir l'embouchure de rivières descendues des sommets voisins comme le Pico San Juan culminant à 1 156 mètres. Ici et là, nous voyons de petits élevages de bovins et quelques champs de tabac. Puis la route quitte brusquement la côte et au bout d'une douzaine de kilomètres, au-delà des collines, apparaissent les flèches des vieilles églises baroques de Trinidad.
Une longue histoire   
Fondée en 1514 par l'aventurier Diego Vélasquez, Santisima Trinidad (la Sainte-Trinité) sert aussitôt de tête de pont pour la conquête du continent américain. C'est de là que part vers le Yucatan en 1517 l'expédition de Francisco Hernandez de Cordoba, tandis que l'année suivante, Hernan Cortéz, fait escale dans la jeune colonie de Trinidad et recrute des hommes de main pour son expédition qui mènera à la chute de l'empire aztèque.

    Pendant trois siècles, Trinidad demeure endormie, vivotant d'élevage, de culture du tabac et du trafic d'esclaves venant de la Jamaïque. En raison d'attaques fréquentes de contrebandier et de pirates, les habitants de Trinidad prennent l'habitude de protéger portes et fenêtres par de magnifiques grilles de fer forgé. Elles sont toujours en place, conférant aux immeubles du centre historique de la ville un cachet très particulier.
    Le XVIIIe siècle marque le début d'une ère nouvelle pour la petite agglomération. Fuyant la révolte des esclaves, à Haïti, plusieurs Français s'installent à Trinidad et mettent sur pied une cinquantaine de sucreries dans la Valle de los Ingenios au nord-est de la ville. Trinidad connaît son âge d'or au milieu du XIXe siècle avec une production de sucre annuelle de plus de 7 500 tonnes.

Un riche patrimoine
    En raison de son schéma urbain qui remonte à plus de trois siècles et des vestiges de l'exploitation sucrière, la ville de Trinidad et la Valle de los Ingenios font partie depuis 1988 des sites classés sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité dressée par l'UNESCO.

    Marcher sur les galets dans les ruelles de cette véritable ville musée permet d'admirer, à travers des immeubles rescapés du temps, l'architecture coloniale espagnole dans toute sa splendeur. Au cœur de l'agglomération de 50 000 habitants, sur la Plaza Mayor, dominée par le campanile du couvent de San Francisco, quelques grands édifices attirent le regard. Il y a d'abord l'église paroissiale Santisima Trinidad, une des rares cathédrales au monde à ne pas avoir un clocher. Il y a aussi le Palacio Brunet, manoir de 13 pièces datant de 1740.
    Trois musées se trouvent directement sur la place et deux autres dans les environs immédiats. C'est le cas du Musée d'Histoire de la ville, situé dans le Palacio Cantero. On y voit de belles fresques originales sur les murs de la cour intérieure, des objets d'usage courant il y a deux siècles, mais surtout, un escalier conduit à une tour d'observation d'où l'on découvre une vue unique de la ville.

     Il faut aussi prendre le temps d'aller marcher dans les rues en périphérie de la place pour admirer les jolies maisons basses aux teintes pastel. Très sympathiques, les gens de Trinidad que je croise dans les rues m'adressent des sourires ou me posent quelques questions sur mon lieu de résidence. J'aime beaucoup le peuple cubain, altier comme le palmier royal, l'emblème du pays et doux comme le sucre de sa canne.
Ne manquez pas l'atelier de poterie de la famille Santander. Dans cette ville, la poterie relève d'une très longue tradition importée par quelques-unes des premières familles venues d'Espagne. J'y ai rencontré Chi Chi, un artisan capable de vous façonner un vase ou une assiette en moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf !
    Avant de quitter la région, un arrêt s'impose dans la Valle de los Ingenios et notamment le domaine Manaca Iznaga, où l'on explique très bien la vie des plantations et les relations entre maîtres et esclaves. Dans les champs de canne à sucre subsiste une tour haute de 44 mètres qui servait à surveiller les esclaves. On peut y monter moyennant quelques pesos.

      Enfin, à 12 kilomètres au sud de Trinidad, les courants ont façonné, sur une pointe de terre, la plage de Ancon, longue de 4 kilomètres, dont les abords se prêtent bien à la plongée sous-marine.
Ce reportage a été réalisé grâce à la collaboration de Vacances Sunwing et du groupe hôtelier Melia. Transport aérien Québec-Varadero par Sunwing.

L'Avantage votre journal - Trinidad la ville musée de Cuba
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