Le jour où Moscou a dissuadé Cuba d'atomiser les Etats-Unis
Julie Connan (lefigaro.fr)
24/09/2009 | Mise à jour : 19:34

Des documents inédits du Pentagone révèlent les projets belliqueux de Fidel Castro pour détruire l'ennemi américain à la fin de la Guerre froide. Et font relativiser les ambitions nucléaires soviétiques, à cette période.

Alors que les grands de ce monde viennent de voter une résolution de l'ONU pour appeler à la dénucléarisation, des documents inédits éclairent d'un nouveau jour la menace atomique, pendant les dernières heures de la Guerre froide. Fidel Castro aurait suggéré à l'URSS de lancer une attaque nucléaire sur les Etats-Unis, au début des années 80, d'après un rapport rédigé à partir de témoignages de plusieurs transfuges de l'Armée rouge.

Comme pendant la guerre des missiles en 1962, le Lider maximo «a fait pression pour que les Soviétiques adoptent une ligne plus dure contre les Américains, allant même jusqu'à évoquer de possibles frappes nucléaires», peut-on lire dans ce document intitulé «Soviet intentions 1965-1985» et préparé pour le Pentagone en 1995.

A cette époque, c'est la «guerre fraîche» entre Moscou et Washington : le président Reagan, récemment élu, investit plusieurs milliards de dollars dans l'armement, surnomme l'URSS l'«empire du mal» et effectue de nombreux essais nucléaires dans le désert du Nevada, rappelle le New York Times qui a révélé mardi l'existence de ces documents.

«C'est vraiment un exercice ?»

Pour montrer à Castro qu'une attaque nucléaire n'était pas appropriée, les Soviétiques ont dû faire montre de patience et de pédagogie, à en croire ce long texte, mis en ligne par des chercheurs du National Security Archive.

«L'Union soviétique, en réponse, a envoyé des experts pour expliquer à Castro les conséquences écologiques qu'auraient pour des frappes nucléaires» contre les grandes villes de la côte Est des Etats-Unis. L'île communiste n'est en effet qu'à 360 kilomètres de la Floride. Une donnée du problème qui aurait «considérablement changé les positions de Fidel Castro», à en croire le général soviétique Andrian A. Danilevich, principale source du rapport.

Plus généralement, l'«incident Castro», comme il est appelé, donne une autre version de l'état d'esprit soviétique et tend à montrer que les ambitions nucléaires de l'URSS ont été à l'époque surestimées par l'administration Reagan, et ce, malgré la course aux armements. En 1972, les leaders du Kremlin se seraient ainsi montrés «horrifiés», lors d'un briefing sur les conséquences qu'aurait une éventuelle attaque américaine sur leur sol. Autre anecdote : dans les années 70, le leader soviétique Leonid Brejnev aurait «tremblé» avant d'appuyer sur le «bouton rouge», dans le cadre d'une simulation. «C'est vraiment un exercice ?», aurait-il demandé, inquiet, à son ministre de la Défense.

Le Figaro - International : Le jour où Moscou a dissuadé Cuba d'atomiser les Etats-Unis
http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/24/01003-20090924ARTFIG00652-le-jour-o-moscou-a-dissuade-cuba-d-atomiser-les-etats-unis-.php