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Le gouvernement cubain veut rompre avec le dogme de l'égalité salariale

Multipliant les signes d'ouverture, le président cubain Raul Castro tente d'introduire quelques réformes managériales, dont la fin de l'égalité salariale.

Il souffle sur Cuba, depuis quelques mois, un timide vent de libéralisme. Peu après sa nomination, le frère cadet (77 ans) de Fidel Castro, Raul, a multiplié les signes d'ouverture : possibilité pour les Cubains d'acheter un téléphone mobile ou d'entrer dans les hôtels pour étrangers. Des luxes hors de portée de l'immense majorité de la population. Mais Raul Castro a aussi fissuré un des piliers du droit du travail cubain : en juin 2008, le nouveau président a rompu avec le dogme de l'égalité salariale.
Le vice-ministre du travail et de la sécurité sociale, Carlos Mateu, a, ainsi, déclaré dans Granma, l'organe de presse du parti communiste cubain : « Il a longtemps existé une tendance au cours de laquelle tout le monde a reçu le même salaire, et cela n'est pas convenable… Il y a une tendance au paternalisme… S'il est mauvais de payer un travailleur moins qu'il ne mérite, c'est aussi mauvais de lui donner ce qu'il ne mérite pas. »

"Travailler plus pour gagner plus"

Le ministre a osé ajouter que ces nouvelles mesures correspondaient à des principes socialistes de distribution. Il y a trois ans, ces paroles auraient conduit Carlos Mateu dans une geôle. Raul Castro a opté pour un "travailler plus pour gagner plus" mâtiné de socialisme tropical.
Exemple dans cette manufacture de textile de Cienfuegos, à 250 km de La Havane, où les travailleuses étaient payées de la même façon, qu'elles atteignent ou pas l'objectif du comité de planification. Tout au plus, les meilleures travailleuses, la vanguardia, étaient-elles gratifiées de vacances gratuites dans des hôtels de stations balnéaires avec parfois, en prime, l'une des 26 médailles du travail du pays. Désormais, elles toucheront un bonus de 5 % si elles atteignent leurs objectifs, et des bonus dont le montant n'est pas limité si elles dépassent ces derniers. Les cadres obtiendront un montant fixe de 30 % en cas de dépassement.
Si ces réformes devaient entrer en vigueur à la fin 2008, elles tardent à se mettre en place dans un pays où 90 % des entreprises sont des sociétés d'Etat. « Il n'y a pas de différence. Je ne gagne toujours que 10 dollars par mois », regrette Yirina, ouvrière dans cette entreprise de textile de Cienfuegos. A Cuba, un médecin gagne 20 dollars par mois, l'un des salaires les plus élevés avec celui de policier.
Idolidia dirige l'équipe de 16 personnes d'un laboratoire médical de La Havane : « Nous allons appliquer progressivement ces mesures. C'est bien que nous puissions gagner plus », confie-t-elle, tout de même dubitative. Mais le plan d'austérité que vient d'imposer le gouvernement aux entreprises, les obligeant à réduire de 12 % leur consommation d'électricité, risque de contrarier les dépassements d'objectifs.

"Chasse" aux pourboires

En attendant, c'est dans le secteur du tourisme que l'égalité salariale, de fait, n'existe déjà plus. Mais c'est grâce aux pourboires. Dans un hôtel-club des plages de l'est de la Havane, Jorge, un barman, confie : « Je peux gagner 25 à 30 dollars de pourboires par jour, soit deux fois plus que mon salaire mensuel. Plus je travaille, plus je gagne. »
Ramon, ingénieur et jardinier en chef du même complexe hôtelier, avoue que la fin de l'égalité salariale ne signifiera, pour lui, que 50 cents de plus par mois. Alors, pour gagner plus, le soir, après son travail, l'ingénieur jardinier remplace un barman pour empocher ces pourboires si convoités.

Hector Lemieux, à La Havane

International - Le gouvernement cubain veut rompre avec le dogme de l’égalité salariale (16 Juin 2009)
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