Espionnage - Les Etats-Unis démasquent deux agents pro-Cuba
Samy Mouhoubi , le mardi 9 juin 2009 à 04:00

Les septuagénaires ont été arrêtés après un véritable jeu de piste. Affirmant agir par seule idéologie, ils encourent vingt ans ferme.

C'est une histoire digne d'un roman de John Le Carré. Un scénario comme le maître du genre, grand exégète de la Guerre froide, les affectionne. Il met en scène un ancien employé du département d'Etat américain et son épouse, passés avec tuyaux et codages au services des barbus de La Havane solidement arrimés au pouvoir depuis 1959. Les deux traîtres à la patrie ont été arrêtés, voilà quelques jours, pour avoir servi Cuba, trente ans durant. Walter Kendall Myers, 72 ans, alias agent 202, et sa femme Gwendolyn Steingraber Myers, 71 ans, alias agent 123, ont été interpellés en fin de semaine dernière par la police fédérale, a confirmé, gêné aux entournures, le ministère de la Justice américain.

Démasquer ces septuagénaires de l'ombre, professionnels aguerris du renseignement, a tenu d'un véritable jeu de piste, dans la grande tradition de la traque maîtres-espions. Le FBI est finalement parvenu à les confondre via un un pseudo-agent double, émargeant en réalité à la seule CIA.

Embauché au département d'Etat, en 1977, Walter Myers travaille d'abord pour le bureau du renseignement et de recherche (INR) du ministère de 1988 à 1999, avant d'y être employé, à plein-temps, de 2000 à 2007, en tant qu'analyste. A ce titre, la taupe accède, dès 1985, à des infos classées top secret, avant de bénéficier, en 1999, d'un accès élargi à des documents confidentiels. Le couple aurait accepté l'enrôlement cubain, en décembre 1978, six mois après un séjour de monsieur sur l'île, frappée d'un strict embargo de l'Oncle Sam. L'agent consciencieux subtilise des informations du département d'Etat, les mémorise, prend des notes. Basta. « J'étais toujours prudent. Je ne sortais pas de documents. » Les contacts avec leurs officiers traitants cubains ? La Havane sollicite le couple par messages radio codés sur ondes courtes, décryptés à l'aide d'un programme fourni par les services castristes. Détail croustillant : leur technique favorite pour passer les infos aux agents communistes consiste en l'échange de caddies dans les supermarchés. Les gratifications en récompense des tuyaux délivrés ? « Plein de médailles » du gouvernement marxiste, s'émeut l'ex-bureaucrate yankee. Insigne honneur : le couple passe, en 1995, une soirée avec Fidel Castro, soi-même…
« Nouvelle ère »

Washington goûte très moyennement ces trente ans aux services des Cubains. La Maison-Blanche rit jaune, elle qui, depuis 1959 – de Kennedy à Bush Junior – a maintenu un strict embargo sur l'île rebelle. « L'activité clandestine présentée dans les documents d'inculpation, qui a duré pendant près de trois décennies, est extrêmement grave », s'indigne, David Kris, le ministre adjoint de la Justice chargé des questions de sécurité nationale. Le couple débusqué risque gros à très brève échéance. Il encourt vingt ans de prison pour « avoir dissimulé ses activités illégales, ayant en outre indûment touché un salaire de la part du département d'Etat » ; dix ans pour « avoir servi d'agents à la solde d'un gouvernement étranger » et cinq ans pour « conspiration ».

Ce scandale intervient alors que Barack Obama a récemment promis une « nouvelle ère » dans les relations avec l'Amérique latine. Magnanime, le président américain venait d'annuler les mesures de renforcement de quarante-sept ans d'embargo contre Cuba prises sous son prédécesseur, ainsi que les restrictions sur les voyages et envois de fonds des Cubains américains vers leur pays d'origine. Les Républicains sont immédiatement tombés à bras raccourcis sur l'administration Obama, accusée de laxisme envers Fidel et Raul Castro, binôme dirigeant Cuba depuis la retraite anticipée du premier. Ileana Ros-Lehtinen, responsable du Grand Old Party à la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, fulmine contre un « tyranneau » au pouvoir depuis bientôt cinquante ans. « Alors que certains cherchent à pousser le régime Castro à agir comme le reste du monde libre, La Havane ne pense qu'à menacer et à détruire les intérêts américains. »

Officiellement rangé des voitures, Fidel Castro, 82 ans, qualifie l'affaire Myers d'« histoire ridicule » sans toutefois démentir les accusations pesant contre eux. « Ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont contribué à protéger la vie de citoyens cubains face à des menaces terroristes ou des projets d'assassinat de leurs dirigeants méritent tous les honneurs », n'a pu s'empêcher de fanfaronner le leader communiste, ironisant sur la coïncidence entre l'arrestation du sémillant couple d'espions et la décision des Etats américains d'assouplir leurs relations avec Cuba.

Espionnage - Les Etats-Unis démasquent deux agents pro-Cuba | Actualités au quotidien France-Soir
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