07 octobre 2007
Enquête à charge dans les rues de La Havane
Enquête à charge dans les rues de La Havane
LE MONDE | 06.10.07 | 14h31 • Mis à jour le 06.10.07 | 14h31
Le reportage a été réalisé à l'insu des autorités. Lors de trois supposés voyages touristiques à Cuba, Thierry Gaytan a discrètement promené sa caméra dans les rues de La Havane et s'est introduit dans le quotidien de quelques-uns de ses habitants. Cuba : paradis ou cauchemar ?, diffusé sur M6, s'intéresse ainsi à la vie au jour le jour de Roberto, Yunerki et José.
Le journaliste a travaillé seul, sans "fixeur". Comme il l'avait fait en Amérique du Sud lors de reportages sur les passeurs de drogue ou sur les FARC. "Cuba est le pays des interdits, explique-t-il. La difficulté est d'aller vers les gens, sachant que les gens ont autant de difficulté à aller vers vous." C'est la singularité de son sujet : des interlocuteurs qui, malgré les risques, ont accepté de parler à visage découvert.
"On se lève chaque matin en se demandant ce qu'on va manger", soupire Roberto, 60 ans. Peu de choix, produits rationnés, étalages faméliques : "Nous sommes obligés de faire toutes sortes de magouilles, des petits trafics. L'Etat contrôle tout." Dissident et membre du mouvement "Cambio" (Changement), il bénéficie d'un visa de réfugié aux Etats-Unis, mais le gouvernement cubain lui refuse son permis de sortie.
PRIVATION
A 25 ans, Yunerki la provinciale - donc clandestine à La Havane - fustige les "machos". Elle s'est lancée dans une activité interdite : la revente de vêtements d'occasion, réservée aux magasins d'Etat. Son rêve : "Pouvoir voyager et être libre... à tous les niveaux." Quant à José, prostitué de 18 ans, la privation dont il souffre n'est pas que matérielle. "Il est très difficile d'être homosexuel, on est rejeté par les gens, par la société. J'aimerais être opéré pour être une femme, mais je ne peux pas."
Cuba : paradis ou cauchemar ? a un seul défaut : n'être qu'une enquête à charge. Les carences d'un des plus anciens régimes socialistes ont, certes, une bonne part de responsabilité dans la dure condition des Cubains. Il aurait été toutefois juste de replacer la situation politique du pays dans un contexte plus vaste.
Si, depuis la chute du mur de Berlin, l'île ne profite plus de la manne exclusive de l'URSS, l'embargo imposé par les Etats-Unis est, lui, toujours en vigueur. Jamais cette approche n'est soumise aux interlocuteurs de Thierry Gaytan. Et pourquoi ne pas les avoir interrogés sur leur vision de l'après-Fidel Castro ? On peut imaginer des scénarios dans lesquels, revenus comme au temps du dictateur Batista à une corruption endémique sur fond d'intérêts mafieux, les Cubains continueraient d'exister "entre paradis et cauchemar".
Enquête exclusive Cuba : paradis ou cauchemar ?, dimanche 7 octobre, 23 heures, M6.
Jean-Jacques Larrochelle
Article paru dans l'édition du 07.10.07.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-963861,0.html?xtor=RSS-3210
Cuba: 28 morts dans la collision d'un autocar avec un train
Cuba: 28 morts dans la collision d'un autocar avec un train
DIVERS dim 7 oct
Au moins 28 personnes sont mortes et 73 blessées samedi dans la collision d'un autobus avec un train dans le sud-est de Cuba.
L'accident s'est produit à Yara, dans la province de Granma, à 800 km au sud-est de La Havane, a indiqué la télévision, qui a précisé qu'au moins 28 personnes étaient mortes et 73 hospitalisées, dont 15 dans un état grave. Le choc s'est produit sur un passage à niveau à Yara, pour des raisons encore non précisées, selon la même source. (GFR)
Le triomphe d'un mythe
Le triomphe d'un mythe
(07/10/2007)
Une seule victoire et de multiples fiascos
LA HAVANE Fils d'aristocrates désargentés, aîné de 5 enfants, Ernesto Guevara de La Serna, est né le 14 juin 1928, à Rosario en Argentine. Son enfance est marquée par de violentes crises d'asthme et sa passion des échecs et du rugby. Etudiant en médecine, en 1951, il part à moto, avec son camarade Alberto Granado, à la découverte du continent sud-américain, pour un voyage dont il tiendra le journal.
En juillet 1955, son destin bascule avec la rencontre à Mexico d'abord de Raul Castro, puis de son aîné Fidel, amnistié et exilé après l'assaut raté à Cuba contre la Moncada. Il rencontre aussi sa première épouse Hilda Gadea, une marxiste péruvienne dont il aura une fille, Hilda Beatriz. A 28 ans, l'Argentin s'engage au côté d'une poignée de Cubains, les Castro en tête, pour débarquer fin 1956 à Cuba où ils lancent la guérilla qui les portera au pouvoir en deux ans. Ernesto se révèle un impitoyable chef de guerre, exécutant lui-même traîtres et espions. Marxiste-léniniste convaincu, les modèles soviétique et chinois, encore soudés, lui indiquent que "l'espoir est à l'Est".
Le Che prend la ville stratégique de Santa Clara en août 1958 et ouvre ainsi les portes de La Havane à Fidel qui y pénètre triomphalement en janvier 1959. Toujours en treillis, sa barbe, son béret et ses cigares font déjà le bonheur des photographes.
Six mois, à la tête de "tribunaux révolutionnaires", il dirigera sans état d'âme les pelotons d'exécution de la forteresse de la Cabana, qui fusilleront un demi-millier de partisans de l'ancien régime. Désormais "ultra ", le Che entend radicaliser la révolution en l'orientant vers Moscou où il rencontrera Khrouchtchev en octobre 1960 et Pékin, où il sera reçu un mois après par Mao Tsé-Toung. Après la Baie des cochons, pendant la "crise d'octobre" 1962, Guevara joue un rôle actif dans l'installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, et partagera la fureur de Castro après le recul de Khrouchtchev. Ses performances calamiteuses dans ses fonctions économiques, conduisent Castro à lui confier des missions diplomatiques. Il s'illustrera à la tribune des Nations unies en décembre 1964, par une harangue révolutionnaire, annonciatrice de l'activisme cubain en faveur du "tiers-monde ". Le Che , soupçonné de trotskisme ou de maoïsme par Moscou, embarrasse Castro.
Le 3 octobre 1965, le Cubain dévoile une lettre que lui a adressé Guevara dans laquelle il annonce sa démission de ses fonctions, renonce à sa citoyenneté cubaine octroyée en 1959 et son départ à l'étranger. Il laisse derrière lui sa deuxième épouse, Aleida, une Cubaine, et leurs quatre enfants. Après un bref retour à Cuba en 1966, et une guérilla ratée au Congo, il repart allumer l'"incendie révolutionnaire" en Bolivie en vue de le propager à tout le continent sud-américain.
Dans le collimateur de la CIA et de l'armée bolivienne, il est capturé le 8 octobre 1967 près de La Higuera. Le Che sera exécuté le lendemain.
http://www.dhnet.be/infos/monde/article/186496/le-triomphe-d-un-mythe.html