Il y a un an, Fidel Castro libérait Raul Rivero
Le 29-11-2005 à 21:28
 
Le journaliste et poète cubain Raul Rivero a été libéré pour raison de santé il y a tout juste un an, le 30 novembre 2004, après avoir été condamné à 20 ans de prison en mars 2003. 75 dissidents et journalistes sont toujours détenus à Cuba, pour avoir exprimé une opinion différente de celle du gouvernement de Fidel Castro.

Lorsque j'avais rencontré Raul Rivero à Cuba, environ un an avant son arrestation, il m'avait confié ses craintes de se voir appliquer la loi 88, dite la "loi bâillon", avec ses peines si démesurées qu'elle semblait émerger d'un autre âge.

Rivero m'avait reçu dans un local exigu et bruyant dans le quartier populaire de Marianao, à La Havane : une des nombreuses bases provisoires de Cuba Press, où s'activaient quatre personnes autour d'un seul téléphone.
Une machine à écrire portative au chariot rétif posée sur une table bancale, une cafetière hors d'âge et des tasses en plastique dépareillées : les "mercenaires de l'empire américain qui les paie, les instruit, les camoufle et leur ordonne de tirer contre leur peuple" - ainsi s'expriment les aboyeurs de la presse officielle - ne roulaient pas sur l'or.



Avec lui, j'avais pris une leçon de courage et de journalisme. J'avais pu le constater par moi-même : les dépêches de Cuba Press étaient précises et factuelles, elles ne faisaient qu'énumérer les pénuries, les manquements, les absurdités et les injustices d'un système bureaucratique et policier en cours de pourrissement. C'est sans doute cette rigueur et cette abnégation qui a valu en mars 2003 à Raúl Rivero une des sanctions les plus lourdes parmi les 78 dissidents et journalistes indépendants condamnés en même temps que lui.

A une journaliste de Libération qui l'interrogeait peu de temps après sa remise en liberté il déclarait : "Il faut se constituer une sorte de forteresse spirituelle pour s'en sortir. Ces nouvelles que me transmettait Blanca étaient très importantes. Savoir qu'un ami en Espagne avait écrit un article, que Gallimard avait publié un de mes livres (je mourais d'envie de voir la couverture ! C'est le genre de choses importantes pour un écrivain...). Savoir qu'il y avait des personnes que j'aime beaucoup, et qui ont été très impliquées, comme Zoé Valdés, et d'autres que j'admire sans les connaître. Je ne m'attendais pas à une telle réaction, de la même façon que le gouvernement cubain ne s'y attendait pas.

Aujourd'hui la liberté de Raul Rivero est une sorte de soulagement pour nous tous qui l'avons rencontré, et qui avons admiré son courage : on ne peut que s'en réjouir, mais vite, car il reste encore plus de 300 prisonniers politiques à Cuba, et 11 millions de prisonniers tout court.

 

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